Le karma de « karman » en sanskrit signifie l’« acte » ou l’« action » liée à l’existence d’êtres sensibles et à la somme de leurs mouvements. La notion oppose ainsi la force d’un sort rétroactif à celle d’un pouvoir d’action à la fois symbolique et effectif. Si la justice signifie quand le discours fait acte, l’acte symbolique porte à travers le karma la valeur d’un discours potentiellement transformatif.
Entre le sort et le jugement, entre le discours et l’acte, karma est un travail artistique et juridique qui se déploie par le biais d’œuvres immatérielles associées à des artefacts, archives ou objets à charge entretenant chacun une relation plus ou moins directe avec les politiques migratoires. De la propriété intellectuelle au droit d’asile, du patrimoine culturel immatériel au droit des étrangers, les œuvres s’activent comme des amulettes : elles font le gage d’une intention inaliénable, d’un récit, d’un patrimoine et de sa passation physique ou orale par leurs co-auteurs et détenteurices. Elles traversent et retranscrivent ainsi des récits liés à des expériences vécues, engageant leurs transmission sous la forme de dispositifs et de protocoles performatifs.

Abdul-Hadi Yasuev et Cynthia Montier sont co-auteurices d’une œuvre de collaboration dénommée karma, laquelle s’attache, au croisement de l’art conceptuel et des sciences sociales, et par le biais de performances publiques et d’ateliers de co-création juridiques et artistiques, à la place des récits et des cultures immatérielles en contexte de transit ou d’exil forcé.

Au croisement de l’art conceptuel, des sciences sociales et du droit, leur travail s’attache à la place de la croyance, à la passation de récits et de pratiques immatérielles en contexte d’exil. L’un demandeur d’asile, l’autre de citoyenneté française reconnue par l’État, iels expérimentent ensemble les liens sensibles et les porosités juridiques entre des réalités matérielles et immatérielles protégées par le droit.

Cynthia Montier & Abdul-Hadi Yasuev

karma est une œuvre immatérielle, artistique et juridique, réunissant des co-auteurs entretenant une relation plus ou moins directe avec les politiques migratoires.
À visée d’un fonds d’œuvres en perpétuel devenir, karma a pour ambition de générer un espace pour mettre en récit, valoriser et transmettre des cultures et des patrimoines immatériels liés à la notion de transit.
En ces termes, karma se déploie comme un corpus d’objets transitionnels vecteurs de récits : des objets futurs inspirés de rencontre (objets témoins et objets de passations, objets sous scellés et objets réglementés, objets dérivés ou objets délivrés, objets transitionnels et objets à charge), dont la charge et l’intention sont réinvesties publiquement par leurs co-auteurices sous la forme de protocoles performés.

karma conjugue les droits de la propriété intellectuelle (art conceptuel, droit moral, droit d’auteur), le droit fondamental (droit des étrangers, droit international et droit continental) et le droit du patrimoine culturel immatériel (sacré et spirituel) pour faire valoir des témoignages et des expériences d’un point de vue légal et symbolique, personnel et fondamental.

Les œuvres signent l’ouvrage collectif d’une intégrité contentieuse en faveur d’une jurisprudence artistique (du droit d’auteur à la liberté de création artistique, au droit des étrangers) ; chacune des œuvres relève de la main d’une co-création. Leurs modalités de divulgation s’inscrivent dans les contextes de diffusion exclusifs pour lesquels ils ont été pensé, soit à l’occasion d’activations performatives (lectures de récits, protocoles performatifs et exercices de justice, workshops ou requêtes administratives, etc.).

À travers à la fois un travail d’enquête, d’entretien, d’écriture, de façonnement, d’archive, de conservation, et de restitution, karma traverse l’idée de rituel (induit ou choisi), de fortune (richesse matérielle ou rudimentarité), de croyance (jugement ou destin), d’intuition (anticipation et savoir-faire). En mutualisant les apports disciplinaires des champs du travail social et de la performance, du droit et des cultural studies, de la sociologie et de l’enquête sensible, de l’artisanat et du design, de l’anthropologie et de l’ésotérisme, l’objectif est celui de porter, faire valoir et transmettre – tant symboliquement que légalement – des récits et des voix dans des espaces concertés et dans une dimension d’unicité et de réciprocité – co-présence.

karma bénéficie du soutien de la Drac Grand-Est.